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Histoires Vraies des Collonges :

Depuis mai dernier, la compagnie Cassandre a collecté des histoires vraies dans le quartier des Collonges au gré des rencontres. Après une lecture de quelques unes de ces histoires en décembre au Mixcube, et la diffusion d’une émission radiophonique nous vous invitons à participer à l’élaboration (ou à découvrir) un spectacle rendant sous une forme originale, quelques unes histoires mises en musique. Un collectif réunissant des artistes, musiciens, comédiens, chanteurs amateurs et professionnels, improvisera en direct pour donner vie à ces histoires de voyages, de famille et même de fantômes. Benjamin Nid, soundpainter, sera le chef d’orchestre de ce concert-spectacle loufoque et décalé.

Pour participer (musiciens / comédiens / débutants ou professionnels bienvenus)

Dimanche 5 juin de 10h à 12h30
Samedi 11 juin de 9h30 à 14h30
Samedi 18 juin de 9h30 à 14h30
Dimanche 19 juin de 9h30 à 15h30
La restitution de ce travail aura lieu lundi 20 juin à 20h30 à la Mouche – Théâtre de Saint Genis Laval.

 

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Message à l’attention des spectateurs avant la représentation de Quatorze à Givors le 9 janvier 2015.

« Bonsoir à tous,

Je m’appelle Sébastien Valignat, je suis le metteur en scène du spectacle que vous allez voir, et je suis très heureux de vous voir ici ce soir. J’ai pris l’habitude avant chaque représentation de dire un mot aux spectateurs, leur dire de bien penser à éteindre leurs téléphones portables, de ne pas prendre de photographies durant la représentation, et que si ils le désirent nous serons ravis d’échanger avec eux autour du spectacle dans le hall du théâtre à l’issue de la représentation… Mais ce soir, après les événements qui se sont déroulés les soixante dernières heures je vais être un peu plus long. Je vous prie de bien vouloir m’excuser par avance je risque de dire des banalités, mais ce soir j’ai l’impression que des banalités sont préférables au silence.
Est-il besoin de le préciser, nous artistes et techniciens de la compagnie Cassandre, du théâtre de Givors, ici présents, condamnons de la manière la plus ferme qui soit cet attentat et les événements qui ont suivis. Ce soir, sans doute comme beaucoup, sinon chacun d’entre vous, nous sommes a la fois effarés tristes, et en colère. Ce soir, nous sommes Charlie.

Et ce soir, nous sommes bien tristes.
Tristes bien sur pour les familles des victimes qu’elles soient caricaturistes, agents de police, économistes, psychologues … Tristes pour leur proches – Tristes pour leurs amis – Triste pour ceux qui les côtoyaient ceux qui les lisaient, ceux qui les aimaient, et même pour tous ceux qui ne les aimaient pas mais qui aujourd’hui pleurent de ne plus avoir la possibilité de voir leurs dessins dans les kiosques à journaux.

Effarés aussi. Effarés de découvrir, que dans notre pays, des menaces qui pesaient sur la liberté d’expression peuvent êtres mises à exécution. Que nos journalistes et donc potentiellement les écrivains, les artistes, tous ceux qui sont amenés à s’exprimer publiquement puissent être exposés à cette forme de violence. Effarés. Nous qui nous pensions en sécurité, nous ne pouvons plus dire qu’en France personne en meurt pour ses opinions. De l’effarement à la peur, il n’y a qu’un pas, c’est là l’objectif du terrorisme : distiller la peur. A cette abîme de la peur, nous répondons ce soir : nous ne céderons pas, et pour cela nous avons deux armes l’éducation, et la culture.

Et puis nous sommes en colère. D’abord bien sur contre ces connards se revendiquant d’une religion dont ils ignorent tout qui, en abattant des innocents, ont plongé un pays en deuil et sali par leur crime l’image des musulmans de France et du Monde entier.
En colère aussi contre tous les connards qui se sont réjoui, ceux qui se sont frottés les mains à l’écoute du carnage, car il allait leur permettre de justifier leurs actes.
Je pense aux connards qui hier ont profité de cet attentat pour aller attaquer des Mosquées. Ici à nos portes, à quelques kilomètres du théâtre où nous nous trouvons, c’est un Kebab jouxtant une Mosquée qui a été la cible d’un attentat, si par chance ils ont jusqu’alors été moins meurtriers, ces actes sont tout aussi condamnables que ceux survenus dans les locaux de Charlie Hebdo. La haine n’a pas de place chez nous.

En colère aussi contre tous les irresponsables politiques qui ont déjà commencé à profiter du massacre pour faire avancer leurs idées, pour tenter des nous imposer des mesures sécuritaires ou liberticide des mesures qu’auraient abhorrés ceux qui se sont fait massacrer à Charlie.
Marine le Pen en profite pour remettre au centre du débat son projet de rétablir la peine de mort, Meyer Habib un député a établit un lien entre cet attentat et le vote par le Parlement d’une résolution appelant à la reconnaissance de la Palestine, on n’a déjà plus assez de doigts pour compter tous ceux qui profitent de cette tragédie, pour accuser le gouvernement de ne pas avoir assez protégé nos journalistes. Il aurait du y avoir un flic derrière la porte pour protéger le flic qui protégeait Charb, et peut-être un flic pour protéger le flic qui protéger le flic / Bande de connards.

En 1914, un attentat dans la ville de Sarajevo, a été le prétexte pour déclencher ce qui allait devenir la plus grande guerre que l’humanité ait connue.
En 2001, les attentats du onze septembre, ont été le prétexte pour déclarer d’abord, une guerre « à la terreur » une guerre sans ennemis fixes à durée indéterminée, puis une guerre à la nation d’Irak qui n’avait pourtant aucun lien avec ces événements.
Je ne veux pas me risquer à des comparaison hasardeuses, mais utiliser un attentat comme pretexte est une methode qui a déjà fait ses preuves par le passé. Sans devenir parano, il s’agit pour nous tous d’être vigilants.

Hier matin, au lendemain de l’attentat de Charlie Hebdo, l’éditorial du Figaro utilisait le mot guerre pour décrire ces événements. Refusons ce mot là. Car si nous sommes en guerre, n’en doutons pas on ne tardera pas à nous proposer des mesures exceptionnelles.
Au lendemain du 11 septembre les Etat-Unis, ont mis en place le Patriot Act, une loi permettant au gouvernement américain de détenir sans limite et sans inculpation toute personne soupçonnée de projet terroriste.
Parce que oui, oui bien sur, on est tenté devant des événements aussi dramatiques de dire, il faudrait des règles exceptionnelles pour lutter contre le terrorisme. Mais la plus grande victoire du terrorisme ce serait de mettre en péril l’état de droit. Alors, oui méfions nous de ceux qui nous demanderont peut-être de renoncer à nos libertés et ce qu’elle que soit leurs intentions Benjamin Franklin disait « Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux. »
Soyons vigilants aussi sur le piège politique que nous tendent les terroristes aujourd’hui.
Robert Badinter l’a dit mieux que je ne pourrai le faire il y a deux jours, alors je vais reprendre ses mots.
« . Ceux qui crient « allahou akbar » au moment de tuer d’autres hommes, ceux-là trahissent par fanatisme l’idéal religieux dont ils se réclament. Ils espèrent aussi que la colère et l’indignation qui emportent la nation trouvera chez certains son expression dans un rejet et une hostilité à l’égard de tous les musulmans de France. Ainsi se creuserait le fossé qu’ils rêvent d’ouvrir entre les musulmans et les autres citoyens. Allumer la haine entre les Français, susciter par le crime la violence intercommunautaire, voilà leur dessein, au-delà de la pulsion de mort qui entraîne ces fanatiques qui tuent en invoquant Dieu. Refusons ce qui serait leur victoire. Et gardons-nous des amalgames injustes et des passions fratricides.»

Dans cette horreur il nous reste tout de même quelques lueurs.
La bonne nouvelle, c’est qu’aujourd’hui, grâce à ces connards, plus personne n’a le droit de nous empêcher de rire de quoi que ce soit.
La bonne nouvelle c’est qu’aujourd’hui, grâce à ces connards, nous avons le devoir d’être solidaires.
La bonne nouvelle c’est qu’aujourd’hui, grâce à ces connards, nous aimer davantage est devenu plus que jamais un acte citoyen.

Avant que le spectacle ne commence, j’aimerais partager avec vous un très petit texte, peut-être que certains d’entre vous l’ont entendu ce matin, François Morel l’a lu dans sa chronique sur France Inter, c’est un un texte de Julos Beaucarn, un artiste belge, qui l’a écrit au lendemain de la mort de son épouse, assassiné par un déséquilibré.

« Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches. Le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. Face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui : Je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer à tort et à travers. » »

Sébastien Valignat

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